aux mots doux
aux mots douxPourquoi devrais-je avoir honte
d’écrire ceux que j’ai aimés ?
Pourquoi devrais-je cacher
les premières pulsions, les premiers frissons,
ces empreintes encore tièdes
qui ont façonné ma peau comme un parchemin vivant ?
Pourquoi faudrait-il taire
les traces de notre passé,
comme si le silence pouvait les effacer ?
Ces présences — lumière ou ombre —
ont soutenu une page, un souffle,
un instant où j’apprenais à devenir moi.
Ne voyons pas cela comme une faiblesse.
Ce n’est pas de la mélancolie,
c’est de la reconnaissance.
Parce que même le mauvais façonne nos angles,
et que le bon nous éclaire sans faire de bruit.
Ils ont été, l’espace d’un chapitre,
un pilier, une direction,
une mèche qui s’est consumée
mais qui a chauffé la pièce un bref moment.
Ne réduisons pas nos écrits
à ce que l’on croit avoir donné
à des visages désormais lointains.
Ils font partie du chemin,
d’un temps qui ne reviendra pas
mais dont le parfum flotte encore parfois.
Certains m’ont fait goûter mes premiers péchés,
d’autres m’ont offert un fragment de moi
dans un petit être qui respire aujourd’hui.
Écrire, ce n’est pas retenir.
Écrire, c’est laisser partir.
C’est ouvrir la fenêtre une dernière fois
et regarder s’envoler ce qui devait, enfin,
se refermer.
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